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* Coupe du Monde et Tour de France, equitables ? PDF Print E-mail
Written by Administrator   
Jul 10, 2010 at 01:05 PM

Ahhhhhh demain, la grande finale du ballon rond à Johannesburg, une somptueuse étape de montagne avec arrivée à Avoriaz, on en oublierait presque le Grand Prix d'Angleterre de F1.

Mmmmhhhhhh (orteils ébahis en éventail sur la table du salon, le coude à l'angle droit basculant d'avant en arrière et le pouce préhenseur figé sur une canette 33cl), on est on ne peut mieux servi pour s'extasier la journée entière devant nos petits ou grands écrans de télé (pendant qu'il fait beau dehors, répète cette grosse chiante de maman). Spectacle royal à ne pas rater ! Mais quelqu'un osera-t-il prendre du recul dans son fauteuil pour aborder les sujets qui fâchent ? ou qui entachent un tant soit peu notre propre candeur de supporters ? Y a personne dans le stade pour soulever un petit cas de conscience et dénoncer l'envers du décor, les choses pas joli-jolies qui se cachent derrière ces joutes sportives sur-médiatisées ? Personne ? 

Si...! 4 petits "intellos" ont osé secouer La Libre la semaine passée. De crainte qu'il soit passé inaperçu, on vous livre ici leur article au coeur de l'arêne :  "Un "intello" peut -il (encore) supporter le foot ?

Avant de consulter cet article , nous, Mons-Equitable, 

- nous savions déjà que ce sont des enfants pakistanais qui ont confectionné les ballons officiels du mondial 2010 pour le très honnorable salaire de 0,06 dollar par heure (et c'est même RTL qui l'affirme , alerté par l'excellente association belge Vêtements Propres). Oué, 0,06$, ça c'est équitable mon frère ! Grâce à cela, et aux articles textiles (qui filent pile-poil la même logique du mauvais coton),  Adidas table sur des recettes d’au moins 1,5 milliard d’euros cette année dans le football (relisez ! ), et le « Jabulani », le ballon officiel de la Coupe du monde, "est le produit qui marche le mieux", a précisé la porte-parole d'Adidas. Les marques, comme le souligne Le Soir, les véritables championnes du Monde olé oléééé ?  

- nous pouvions depuis une dizaine d'années fantasmer (ou nous offusquer, c'est selon) sur les salaires vertigineux des joueurs (Zidane, Messi, Bechkam, Ronaldo ) décuplés par les cachets des publicités qui prostituent leurs images. Lors de ce mondial, le ridicule a dribblé la décence. Avec d'une part la peopolisation toujours accrue des joueurs (à analyser pays par pays, y a pas que certains joueurs français qui soient un peu trop "gâtés", sots d'hommes et game or) n'ayant pas tenu promesse sur le terrain ("la crise du star-system", titrait fort justement Le Monde ) puisque les demi-finales furent atteintes, et c'est heureux, par quatres équipes résolument collectives plutôt que par celles présentant un vil cumul d'individualités. Ridicule, d'autre part, par les messages publicitaires affligeants que ces "stars" véhiculent. L'argentin Lionel Messi (the soulier d'or 2010) donne aux enfants le bon exemple du régime du grand sportif  en se goinfrant de chips Lays , Matthew Fox (mais ouuiii, Jack l'acteur sexy de "Lost" ) explique aux mecs durant la mi-temps publicitaire qu'il faut s'appliquer du stick anti-rides rajeunissant (de l'Oréal) sur nos petites gueules d'amour de supporters mâles en puissance (voir la pub ), et plus personne n'osera remettre en question l'absolue nécessité de picoler des Jupiler en regardant un match sinon on profite pas du match et on est pas des 'hommes qui savent pourquoi'.... (quoique des moutons à l'abreuvoir peut-être comme dirait l'autre)

- nous découvrons aujourd'hui qu'on peut instrumentaliser le vivant : de pauvres bestioles soit-disant annonciatrices de résultats (poulpe, chats, chimpanzé, crocodiles, panda) ou le plastique vivant des épouses de joueurs (poule, chattes, chiennepenchée, croque odile, banda ) seules à la maison mais qui ne sembent pas s'ennuyer beaucoup pendant que monsieur joue à la baballe à l'extrême sud du globe.  Ne ratez quand même pas miss Ronaldo en bas de la page ... La preuve qu'on peut remettre en question toute la marchandisation sur sport, sans perdre pour autant certains bons vieux réflexes reptiliens...

Mais allez, place aux chroniqueurs, aux vrais, car eux, ils ont bien d'autres ballons brûlants à envoyer en pleine lucarne...

Alexandre, fan de foot.................                                                       ...quand il était petit.


Un "intello" peut -il supporter le foot ?

Didier Brissa, Maximilien Lebur, Michael Recloux, Olivier Starquit.

La Libre Belgique, le 03/07/2010

Oui le “progressiste” a aussi un cerveau reptilien, une zone de plaisir à stimuler. Mais difficile de supporter la starification, l’argent ou la marchandisation de l’être humain.

La Coupe du monde a commencé il y a 15 jours. 15 jours que les médias se focalisent sur les petits faits et gestes des divas du football. Pour un collectif de gauche, écrire sur le sport à cette occasion relève d’un combat.

Un combat pour concilier le plaisir qu’il peut y avoir à pratiquer un sport, à le regarder, à le supporter, avec tout ce qu’il représente de plus "laid" : la compétition, la starification, l’argent et la marchandisation de l’être humain, l’abêtissement et le détournement de la population. Mens sana in corpore sano versus Panem et circenses. La beauté du geste parfait du sportif contre les cris de singe racistes des supporters de foot. L’effort partagé contre le bide plein de bières. La solidarité des bénévoles des petits clubs contre les salaires mirobolants des actionnaires des grosses équipes.

Qu’est-ce qui pousse un certain nombre d’intellos à supporter un club de foot, à regarder un match de tennis ou à suivre une course cycliste à la télé ?

Nous ne parlerons pas de faire du sport, c’est le choix de chacun-e, c’est son plaisir. Libre aussi à chacun-e de ne pas en pratiquer et de se revendiquer du "no sport" de Churchill. Par contre, il faut aborder les aspects économiques du sport, sa complète intégration au capitalisme ou son impact sur l’environnement, écologique et social.

A cette question, nous pourrions simplement répondre que le "progressiste" est un homme ou une femme comme les autres, et qu’en tant que tel, il a un cerveau reptilien, une zone de plaisir à stimuler et des endorphines à produire. Etre noyé dans une foule peut socialiser un individu : il se sent moins seul, et à égalité avec ses congénères. Cela augmente aussi son plaisir, les émotions du supporter sont renforcées par le nombre.

L’être humain est grégaire : seul, il s’étiole ; il a besoin de l’autre. Ah ! Hurler tous ensemble, jouir tous ensemble, communier tous ensemble. Le sport est une religion avec ses rites, ses papes et ses imams, ses curés et ses laïcs, ses croyants emportés par leur foi(e).

Le sport est le nouvel opium du peuple. Et même si on peut apprécier de "s’exploser la tête", de se faire un peu de bien de temps en temps, il ne faut pas moins la garder froide face aux problèmes que connaît notre société.

Que penser alors des athées du sport ? De tous ceux qu’il laisse indifférent ? Les médias répondent en niant leur existence. Pour échapper à Roland Garros, au Mondial ou au Tour de France, il faut aller vivre sur une île déserte, sans télé ni radio. Ces drôles d’oiseaux sont les parias de juin, de juillet et de tous les dimanches après-midi (et des autres jours aussi puisqu’il y a du sport à peu près chaque jour !). Imaginons qu’un jour les médias utilisent leurs journalistes sportifs (pour peu que l’on puisse parler de journalisme pour des gens qui sont surtout des présentateurs) pour qu’ils consacrent leurs intelligences à moins de conneries. Ça donnerait peut-être une nouvelle dimension aux médias. Ils seraient moins entertainment et, peut-être, plus sociaux, plus politiques, plus polémiques, plus écologiques et apporteraient plus d’informations ! Mais les médias résisteront-ils à l’argent du sport ? Le sport qui permet si facilement de rendre le cerveau disponible aux annonceurs !

Le sport n’échappe pas au système de marché, à la spéculation financière et aux inégalités qui en découlent. Inégalité sociale entre les supporters et les sportifs (sans parler du gouffre qui les sépare des actionnaires). Inégalité de genre aussi. Qui peut citer la dernière gagnante de la Grande Boucle féminine ?(1) Qui sait s’il existe une Coupe du monde de football pour les équipes féminines ?(2) Même en tennis, si "nos" joueuses sur le retour ont été portées au pinacle médiatique, c’est plus pour leur nationalité que parce qu’elles étaient des femmes. Il est une époque où le tennis féminin, comme tous les sports féminins actuellement, n’était connu que de celles qui le pratiquaient. Et si le sport féminin disparaît dans le brouillard du machisme, c’est encore pire pour les sports pratiqués par des handicapés ! On imagine déjà le directeur de l’info d’une grande chaîne : "Un sportif en chaise roulante, c’est pas vendeur ; ça fait peur à nos téléspectateurs et fait fuir les consommateurs, coco !"

D’autres questions viennent à l’esprit : quel a été et quel aurait été l’impact écologique de notre équipe nationale de foot pour aller en Afrique du Sud ? Est-ce que le départ du Tour de France en Belgique apporte vraiment du bien-être social à la population ? Est-ce que faire cracher du CO2 par des bolides qui tournent en rond et passent en avion d’un continent à l’autre permet d’améliorer la sécurité des "bébés à bord" ? Est-ce que l’argent mis à sauver le Grand-Prix de Belgique n’aurait pas été plus utile dans les programmes de création d’emploi ?

On nous dira bien sûr que le foot - ou tout autre sport - rapproche les peuples et empêche les guerres. "Je suis toujours stupéfait d'entendre des gens déclarer que le sport favorise l'amitié entre les peuples, et que si seulement les gens ordinaires du monde entier pouvaient se rencontrer sur les terrains de football ou de cricket, ils perdraient toute envie de s’affronter sur les champs de bataille. Même si plusieurs exemples concrets (tels que les Jeux olympiques de 1936) ne démontraient pas que les rencontres sportives internationales sont l’occasion d’orgies de haine, cette conclusion pourrait être aisément déduite de quelques principes généraux. ( ) On joue pour gagner et, ( ) dès que le prestige est en jeu ( ), l’agressivité la plus primitive prend le dessus. ( ) Au niveau international, le sport est ouvertement un simulacre de guerre." (3)

Si les dirigeants politiques, les médias ou les supporters mettaient autant d’entrain à affronter les problèmes sociaux qu’à se passionner pour une équipe de foot, alors notre démocratie aurait peut-être un avenir plus serein

(1) Il s’agit d’Emma Pooley (2009).

(2) Oui, elle existe depuis 1991 et la prochaine se déroulera en 2011 en Allemagne.

(3) George Orwell, L'esprit sportif, La Tribune, 14 décembre 1945, disponible en français et en ligne www.grouchos.org/091018orwellsport.htm.

Titre et sous-titre sont de la rédaction

Last Updated ( Jul 21, 2010 at 04:53 PM )